La petite bonne femme le regarda fixement, puis elle le repoussa d'un geste convulsif.

—J'ai parlé de mort, répéta-t-elle;—n'est-ce pas mourir que de perdre à la fois son bonheur et son honneur?... Va, je me souviens du jour où je fus abandonnée et du jour où je l'abandonnai, pauvre enfant qui, la veille encore, pendait, souriante, à mon sein... Je n'ai vécu que pour toi... Elle n'a pas d'enfant pour qui vivre... elle est morte.

—Mais de quoi faut-il la venger? s'écria Vital;—que lui a-t-on fait?

—Ce qu'on lui a fait! repartit la petite bonne femme avec amertume.—Tu avais six ans, tu étais déjà fort... N'était-ce pas un crime de te garder pour la livrer à son père?... Ah! je t'aimais mieux qu'elle!... Maintenant qu'elle est malheureuse, je vais l'aimer mieux que toi.

—Vous ferez bien, ma mère, dit le lieutenant, qui pressa contre son cœur la main froide de Marguerite;—aimez-la!... aimons-la!... Dites-moi seulement ce qu'il faut faire pour la sauver ou pour la venger!

—Et parlez haut, sans vous commander, marraine, ajouta Lagard en s'avançant;—s'il faut de l'argent, j'ai le gousset en bon état; s'il faut des poignets, je croyais avoir le no 1, mais votre garçon est le coq à ce sujet... N'empêche que je garde le no 2 et que c'est à votre service.


—Victoire! s'écria M. Garnier de Clérambault en rentrant dans la chambre où madame la marquise de Sainte-Croix l'attendait.

—Je vous présente M. Léon Rodelet, ajouta-t-il en refermant la porte derrière le cinquième clerc.

La marquise ne leva pas les yeux tout de suite sur Léon. Quand elle le regarda enfin, un tic nerveux agita légèrement les ailes de son nez et ses tempes.