Clérambault avait une voiture dans laquelle il fit monter Léon. Ils ne virent ni l'un ni l'autre une forme exiguë qui se détacha du noir d'une porte cochère et qui s'élança dans la même direction qu'eux, trottinant sur le pavé.

La petite bonne femme avait tout entendu.

Léon, cependant, n'était pas au bout de ses étonnements.

Le lieu où on le conduisait, d'abord, lui sembla de fort mauvais augure, et certes il ne s'attendait pas à trouver là une femme qu'on appelait madame la marquise. En chemin, M. Garnier de Clérambault lui avait bien fourni de longues et amphigouriques explications; mais Léon, distrait et réfléchissant à l'étrange succession d'événements qui avait rempli sa journée, n'aurait point su dire de quel sujet l'habit bleu l'avait entretenu.

Avant d'entrer au château de la Savate par la porte de derrière, donnant sur les marais, Léon s'arrêta devant cette maison à l'aspect véritablement sauvage, dont l'isolement paraissait complet, nous l'avons dit. De ce côté, rien n'indiquait la guinguette.

—Qu'allons-nous faire là? demanda-t-il.

—Avez-vous peur? répliqua l'habit bleu en riant.

—Je n'ai pas peur, dit Léon;—au point où j'en suis, on ne craint rien... mais je veux savoir.

—Au point où vous en êtes, on a beaucoup à perdre, mon bon, prononça lentement Clérambault;—depuis quelques heures, vous avez regagné diablement du terrain... Vous allez trouver ici une personne qui a votre avenir entre les mains.

Il voulut entrer. Léon le retint.