—Mais tout ça doit mal aller dans l'hôtel du comte.
—Tout ça va très-bien... et puis ça n'est pas inutile pour le succès de notre affaire.
Barbedor passa une bonne minute à se creuser la cervelle. Il ne pouvait pas deviner en quoi une bamboche commémorative, faite en compagnie du vieux Roger, pouvait aider aux projets de madame la marquise de Sainte-Croix.
Car Barbedor savait que celle-ci était le véritable chef de file.
—J'irai, dit-il enfin,—puisque le vin est bon... Si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire de mal.
C'était dans la chambre où nous avons vu déjà une fois réunis M. Garnier de Clérambault, Barbedor et une femme voilée, lors de l'entrevue projetée entre Justine et le baron allemand. Cette chambre, comme nous avons dû le dire, communiquait par un escalier de service avec la sortie ouverte sur les derrières de la maison.
Clérambault et la marquise l'avaient choisie pour le lieu de leurs réunions. Seulement, l'expérience avait porté fruit. Pour éviter les yeux et les oreilles indiscrets, on avait mis une double porte du côté du corridor, en souvenir de Jean Lagard.
Cette marquise de Sainte-Croix, qui buvait de l'eau-de-vie et qui venait s'installer sans façon au château de la Savate, n'était pourtant pas une aventurière à la douzaine. On en voit tant de ces grandes dames pour rire qui ont ramassé leur titre au pied d'une borne! C'est la mode, et toute fille de concierge qui a pu se faire donner un coupé, s'offre à elle-même un petit écusson qu'elle timbre pour le moins d'une couronne comtale. Une lorette qui n'est que baronne fait preuve de trop de modestie.
Ce sont, en général, des noms allemands. Leur père était chambellan d'un prince régnant dans les contes fantastiques d'Hoffmann. Leur mari, qui n'a pas pu les comprendre,—elles l'ont épousé si jeunes!—occupe un poste diplomatique en Russie. Il leur fait une pension qui ne suffit pas à leurs besoins.