Il est à Paris trois ou quatre cents gaillards, frais et bien portants, qui arrêtent les passants avec cette formule: «Nous sommes sept enfants à la maison et nous n'avons pas de pain.»
Quelle bourse ne dénoue pas ses cordons à cet appel.
Et pourtant, quand on réfléchit, est-il vraisemblable que ces jeunes gaillards aient tout justement six petits frères.
Jamais la formule ne varie, jamais! Ils sont toujours sept enfants à la maison.
L'histoire de la dame qui a une couronne de comtesse ne varie pas davantage: fille de chambellan, femme de diplomate étranger... forcée de s'ingénier un peu à cause de l'insuffisance de la libéralité conjugale.
Il se trouve sans cesse des simples pour les croire,—si elles sont jolies,—et même si elles sont laides. Certains architectes vivent à faire exclusivement le petit hôtel pour la femme de diplomate, fille de chambellan, que son mari a eu le tort de ne point comprendre.
Pourquoi l'épousa-t-elle si jeune!
Vers l'année 1810, au cœur de l'Empire, une petite demoiselle débarqua à Paris par le coche de Bordeaux. Elle avait ces traits affilés, ce type de furet de celles qui vont fouillant, sapant, et qui prennent la fortune par la mine; mais elle avait aussi le regard vaillant des conquérantes. La brèche ouverte, celle-là devait monter à l'assaut bravement.
Elle n'était pas jolie, mais elle avait une de ces figures qui frappent fort et qu'on n'oublie pas. Cela vaut mieux parfois que d'être jolie. Du reste, à cet égard, on ne pouvait guère la juger. Sa taille n'était point encore formée; elle était dans la mue. En outre, sa pauvre toilette ne la montrait point à son avantage.
C'était la fille d'un courtier de commerce de Bordeaux. Elle se nommait Flavie Soyer. Elle avait bientôt quinze ans. Elle s'était enfuie de la maison paternelle toute seule pour venir à Paris.