Garnier félicita chaudement son camarade et ils firent gamelle à trois. N'ayez aucune inquiétude sur les entreprises de ce Garnier vis-à-vis de la Perlette. La Perlette n'avait, parbleu! besoin de personne pour se défendre contre les galants. C'était un petit diable avec son baril sur le dos, et le sabre du fantassin n'était point du tout trop lourd pour elle.

Au bout de neuf mois, un beau petit enfant vint: un garçon qui fut baptisé Vital pour garder le nom de sa mère avec le nom de son père.

Presque aussitôt après, le régiment partit. Marguerite, faible encore, voulut suivre son Roger.

—Je n'en ai qu'un de plus à qui donner à boire, disait-elle en montrant le maillot de son poupon;—ne voilà-t-il pas une belle affaire?

Toutes les compagnies de tous les bataillons intercédèrent avec ensemble pour que le colonel la laissât venir. On lui fit une petite place dans un fourgon, et en route!

Je ne sais trop où ils allèrent, mais ce fut loin et l'on se battit ferme. La Perlette ne resta pas longtemps dans son fourgon. Elle reprit son poste derrière son mari, toujours leste, toujours pimpante, portant son tonneau à droite, son enfant à gauche, chantant comme un loriot et ne manquant jamais de mots pour rire.

Ce Roger Bontemps était bien le plus heureux des tambours!

En secret, Garnier, son bon ami, son frère de baguettes, était jaloux de lui terriblement et le détestait de tout son cœur.

Au bout d'un an, Garnier et Roger passaient caporaux le même jour. La Perlette avait déjà vu le feu, et Dieu sait qu'elle ne se gênait guère pour courir dans les rangs à l'heure la plus chaude. Son petit Vital restait au dépôt. Elle disait:

—Est-ce que le bon Dieu voudrait faire un orphelin de ce chérubin-là! C'est lui qui nous garde.