Marguerite, citée devant le tribunal, fut obligée de raconter sa petite histoire. Elle était veuve de militaire, à ce qu'elle disait,—mais elle ne put représenter l'acte de décès de son mari, qui ne portait point le même nom qu'elle.—Elle avait un beau garçon de sept ans qui était enfant de troupe à la 7e demi-brigade.

Nous sommes forcé de nous occuper un peu du passé de Marguerite, parce que, parmi les personnages de l'humble drame de sa jeunesse, se trouvait le digne M. Garnier.

X

—La Perlette.—

Garnier était, au temps de la jeunesse de Marguerite Vital, tambour de la 7e demi-brigade, en garnison à Paris. Il avait pour collègue et camarade intime un gros garçon du nom de Roger qu'on appelait Roger Bontemps, à cause de son joyeux caractère. Garnier et Roger étaient deux inséparables. Comme presque tous les tambours et trompettes de régiment, qui sont exposés à de fréquentes railleries, ils étaient fort assidus à la salle d'armes et passaient pour de dangereux tireurs.

Roger Bontemps n'était pas querelleur, mais il allait sur le terrain comme on va à la noce. Garnier, au contraire, se montrait singulièrement pointilleux; il faisait le crâne à tout propos et se donnait le plaisir de tailler en pièces les conscrits imprudents qui traduisaient tambour par tapin.—Seulement, on avait pu remarquer que Garnier laissait volontiers à Roger, son Pylade, le soin de punir les troupiers qui passaient pour malins au noble jeu de la pointe.

C'était sous le Consulat. Roger avait vingt-quatre ans; Garnier atteignait à peine sa vingtième année. Roger attendait avec impatience l'occasion d'aller au feu; Garnier faisait semblant d'avoir la même envie.

Et tous deux étaient amoureux, tous deux amoureux de la Perlette, une petite vivandière comme on n'en vit jamais, leste, pimpante, plus jolie qu'un amour, gracieuse, avisée, bonne, et sachant des milliers de chansons qu'elle disait, le sourire aux lèvres, d'une voix sonore et gaillarde; un bijou de vivandière. Tout le régiment (pour ne plus parler de demi-brigade, ce qui est fatigant), tout le régiment était fou de la Perlette, qui était notre Marguerite Vital, à l'âge de vingt ans. Elle aurait pu épouser un sergent-major!

Ce fut elle-même qui alla demander au colonel la permission de prendre Roger Bontemps pour mari. Un tambour!