C'était tout près de la lisière du bois d'Einengen, à quelques centaines de pieds de la grille du parc. Il y avait, sur la droite, un ravin profond où les arbres, plantés drus, se croisaient au-dessus d'un cours d'eau qui était alors gelé. Marguerite avait fait comme le neveu du colonel; elle avait pris les devants. Le hasard l'avait fait passer à cinquante ou soixante pas de la patrouille autrichienne. Elle entendit le dernier cri du jeune officier français.

Elle entendit encore autre chose. Des plaintes s'élevaient du fond du ravin. Marguerite était leste et brave. Elle descendit en s'aidant des pieds et des mains. Au bord du ravin, elle trouva un homme blessé auprès d'un cheval abattu.

L'homme avait deux coups de feu, sans compter les blessures reçues dans sa chute. Le cheval ne bougeait plus. La Perlette fit fondre de la neige dans ses mains et lava les plaies avant de les bander. Tout à coup, au moment de poser la charpie, elle mit brusquement sa main sur la bouche du blessé, qui continuait de gémir par intervalles.

Il se débattit; elle le maintint de toute sa force.

On voyait une ombre noire qui rampait dans la neige sur le bord du ravin et qui descendait lentement vers l'eau.

La Perlette resta un instant immobile et retenant son souffle. L'ombre avançait toujours. Quand la Perlette eut acquis la conviction que l'ombre venait droit à eux, elle ôta sa main qui comprimait la bouche du blessé. Celui-ci respira fortement et rendit une plainte.

L'ombre s'arrêta;—puis elle recommença à descendre tout doucement, comme eût pu faire un animal sauvage en quête de sa proie dans cette sombre nuit.

La Perlette laissa échapper ses bandes et sa charpie. Il ne s'agissait plus de cela. Elle glissa sa main droite derrière le corps du blessé et dégaina sans bruit son épée, qui était engagée sous le cheval.—L'épée n'avait pas été brisée dans la chute.—La Perlette eut comme un sourire.

Elle attendit, immobile et calme.—Elle devinait bien que le groupe formé par elle, le blessé et sa monture, apparaissait vivement, comme une large tache noire parmi la blancheur de la neige, mais qu'on ne pouvait point voir de loin les mouvements ni la pose des personnages composant le groupe.

Elle attendit.