Il était temps. Les silhouettes noires des soldats ennemis se détachaient au sommet du ravin.—Deux ou trois coups de feu retentirent.
—Jouons des éperons! cria la Perlette;—tournez à gauche et suivez le cours de l'eau!
Une décharge générale illumina le bois. Une grêle de balles siffla aux oreilles des fugitifs.—Le cheval prit le galop.
—Vous avez de la chance, mon général, fit la Perlette;—mon épaule droite vous a garé d'une balle.
—Seriez-vous blessée? s'écria vivement le général.
—Bah! répliqua tranquillement Marguerite;—ça me connaît!... La balle s'est relevée et n'a fait qu'une égratignure... J'ai dans mon tonneau de quoi guérir cent mille plaisanteries comme ça... Tournez à droite maintenant, car il ne faut pas leur laisser le temps de recharger.
Une demi-heure après, ils étaient au village d'Einengen, encore occupé par l'arrière-garde de l'armée française.
—Aussi jolie que brave! dit le général en la voyant pour la première fois aux lumières...—Mon enfant, reprit-il d'un accent sérieux et pénétré,—vous m'avez sauvé plus que la vie, car il est des jeux où un général français n'a pas le droit de risquer sa tête... Quelle récompense voulez-vous?
—Mon général, répondit la Perlette,—j'ai mon mari qui est sergent: s'il passait officier, ça le rendrait bien content.
—Et vous? demanda S***.