On entendait sous bois des pas sourds qui frappaient pesamment la neige et qui allaient tantôt s'éloignant, tantôt se rapprochant. Les Autrichiens continuaient leur battue.

Le blessé regarda tristement son cheval immobile.

—Il n'est pas mort, dit la Perlette.

—Tâchez de le saigner sous la langue avec la pointe de mon épée, dit le blessé.

—Jamais bon animal n'a trop de sang, répondit Marguerite;—je ferai mieux,—vous allez voir.

Elle emplit sa main de neige et versa dessus de l'eau-de-vie. Avec ce mélange, elle frotta les naseaux du cheval, qui souffla bruyamment. Elle lui ouvrit la bouche et y introduisit le reste de son vulnéraire improvisé.

Elle fut obligée de se jeter de côté pour n'être point renversée par le cheval, qui se remettait brusquement sur ses pieds.

—Plût à Dieu, mon général, dit-elle,—que vous en fussiez quitte à si bon marché que lui... Allons! ne craignez pas de vous appuyer sur moi: je suis forte comme un Turc!... Les voilà qui se rapprochent: nous n'avons que le temps de nous mettre en selle.

Le blessé parvint à remonter sur son cheval. La Perlette sauta en croupe.

—Je vais vous tenir, mon général, dit-elle encore;—car, ce soir, vous faites un pauvre cavalier!