A force de pleurer, Béatrice ferma les yeux et s'endormit. Marguerite, engourdie par l'angoisse, resta jusqu'au jour entre les deux berceaux.

Elle se disait:

—Il faut choisir!... il faut choisir!

Et, chaque fois qu'elle voulait faire ce choix navrant, son âme se déchirait.

Dès le matin, elle alla consulter un homme de loi pour savoir si son mari avait le droit de lui enlever un de ses enfants. L'homme de loi lui fit une réponse très-catégorique, appuyée sur des textes nombreux. De cette réponse, il résultait que certaines cours avaient décidé l'affirmative, tandis que d'autres avaient consacré la négative.

La loi, disait l'avocat, était plus claire que le jour,—luce clarior;—mais on pouvait l'appliquer de différentes manières,—selon le point de vue.

Pour obtenir les enfants jusqu'à l'âge de sept ans, la première chose à faire était de provoquer un jugement en séparation de corps;—ensuite...

Marguerite n'attendit pas le reste. Elle paya l'avocat et retourna toujours courant à sa chambrette, où les deux petits avaient pu s'éveiller en son absence.

Le lait ne revint pas. Béatrice fut ainsi sevrée.

La Perlette quitta sa petite chambre et alla se cacher ailleurs.