Mais elle ne voulait point désobéir à son mari; c'était seulement pour éviter l'entrevue de cet odieux Garnier.—Le jour et la nuit, la Perlette pleurait entre les deux berceaux, se répétant à elle-même comme une pauvre folle:
—Il faut choisir!... il faut choisir!
La chambre où elle avait cherché un refuge était dans les combles du no 81, rue de l'Université. Garnier lui avait appris que son mari, passé lieutenant, était de retour en France et tenait garnison à Bordeaux. La Perlette mit Béatrice dans un petit berceau bien blanc et la descendit chez M. Rodelet, qui faisait partir chaque semaine des voyageurs pour le Midi. C'était un brave homme que ce père Rodelet. Il fut touché de la situation de Marguerite. Non-seulement il se chargea de faire voyager le petit ange qui était dans le berceau, mais encore il obtint pour Marguerite le poste de concierge de la maison.
A dater de cet instant, Marguerite Vital n'entendit plus parler de son mari.—Mais elle devait avoir encore, et cela bien souvent, des nouvelles de l'ami Garnier.
Ce fut lors de ce voyage de Bordeaux à Paris que Garnier se trouva dans le coche avec cette petite Flavie, fille d'un courtier de commerce, qui devait jouer plus tard un si lugubre rôle sous le nom de marquise de Sainte-Croix.
Garnier, par suite de sa liaison avec la marquise, quitta bientôt l'état militaire et s'établit décidément à Paris.
Il cessa toutes relations avec Roger, qu'il avait toujours haï et jalousé du meilleur de son cœur,—et n'eut pas mieux demandé que d'oublier la Perlette, qui était maintenant beaucoup trop au-dessous de lui, si le hasard ne l'eût jetée de temps en temps sur son chemin comme une menace vivante de châtiment.