—C'est ici, dit-elle en reconnaissant le saut de loup de la Muette;—si j'avais pris une de nos voitures, cela n'aurait rien valu... Nous allons voir si ma mère a dit vrai.

Marguerite ouvrait la bouche pour répondre. La comtesse lui imposa silence d'un geste et resta immobile, les yeux fixés sur la grille qui ferme l'avenue du Ranelagh.

Elle ne parla qu'une fois, ce fut pour dire:

—Ma mère n'a pu mentir... mais ce sont peut-être des rêves.—Oh! Seigneur mon Dieu! s'interrompit-elle avec une ferveur passionnée,—faites que j'aie rêvé tout cela!

Au moment où elle achevait, sa bouche resta béante et sa respiration siffla dans sa poitrine tout à coup oppressée.

—Là-bas! là-bas! fit-elle;—ma mère a dit vrai!...

Sa main, crispée convulsivement, montrait un objet qu'elle-même ne voyait plus, car il y avait un voile sur ses yeux. Marguerite, qui avait soulevé la portière à son tour, et dont le regard suivait tous les mouvements de la comtesse, aperçut une calèche découverte qui venait d'entrer au bois par la grille du Ranelagh.

Elle poussa un grand cri et retomba comme paralysée au fond de la voiture.

Dans la calèche découverte, elle avait reconnu le comte Achille de Mersanz et madame la marquise de Sainte-Croix.

Elle eut cette angoisse du médecin honnête homme qui découvre chez un malade le premier symptôme de l'empoisonnement.