—Je sens que je m'en vais, poursuivit la jeune femme;—je serai morte quand M. le comte rentrera...
Ne me parlez pas, dit-elle encore;—quand j'entends parler, ma pensée s'échappe... Il n'épousera jamais cette femme... mais elle lui fera encore bien du mal... Essuyez mon front: la sueur s'y glace.
Marguerite, navrée, passa un mouchoir sur le front de la jeune comtesse, où se mêlaient les boucles naguère si brillantes de son admirable chevelure.
Elle n'avait plus de regard, et vous eussiez dit une morte sans le mouvement de ses lèvres blêmes.
—Merci, reprit-elle;—j'ai des choses à dire et je ne peux pas... l'air ne passe pas bien dans ma gorge... essayez de me donner à boire.
A l'aide d'une petite cuiller, Marguerite parvint à lui faire avaler quelques gorgées d'eau.
—Merci, fit-elle;—vous vous souviendrez toujours de moi, ma pauvre Marguerite... on n'oublie pas ceux qu'on a vus mourir... Prenez ma bague de mariage et conservez-la pour l'amour de moi: c'est ce que j'avais de plus cher au monde. Vous rappelez-vous?... je ne sais plus combien il y a de temps de cela... je commençai tout à coup à maigrir et à pâlir... C'est que j'avais appris qu'il aimait une autre femme... Ma mère me l'avait dit la nuit... et j'étais bien éveillée... ce n'était pas un rêve.
—Et vous l'avez vue, madame? interrompit Marguerite, en qui une idée confuse essayait de naître; vous avez vu votre mère?
—Non, répondit la comtesse;—jamais elle ne s'est montrée à moi... Elle me parlait...
—Vous reconnaissiez sa voix?...