Elle avait des pieds de fée et d'admirables mains.

Elle consulta sa montre et se versa la valeur de quatre petits verres d'eau-de-vie, qu'elle but d'un trait, comme vous avaleriez une gorgée d'eau.

Un peu de sang remonta à ses joues; sa prunelle eut un éclair. Elle repoussa la bouteille et le verre.

Ce n'était pas tout à fait un vice; c'était le résultat d'un ensemble de vices. Épuisée et presque anéantie, cette femme buvait l'eau-de-vie en guise de potion. Cela la réchauffait pour quelques minutes. En dehors de la vie transitoire et factice qu'elle trouvait au fond du verre, elle n'éprouvait à boire ni dégoût ni plaisir. Elle ne cherchait pas l'ivresse, mais l'ivresse l'avait parfois surprise.

—Est-ce que le Garnier me ferait attendre! se dit-elle;—cœur de maraud!... s'il me voit à terre, il lèvera le pied pour m'écraser.

Cette parole était bien injuste. Nous savons que Garnier était en bas, près de Barbedor, et qu'il travaillait pour elle.

—Quand donc aurai-je fini de combattre? poursuivit-elle;—les négociants achètent des châteaux, les procureurs vendent leur étude, toutes les rapines mènent au repos honorable et bouffi... il n'y a pas jusqu'aux soldats eux-mêmes, ces brebis enragées, qui n'aient une retraite sur leurs vieux jours... Moi, je tombe, je tombe, je tombe... et pourtant j'ai gagné assez d'argent pour enrichir et mettre en château dix négociants obèses, vingt procureurs crochus... pour retraiter toute une armée... J'étais habile; j'avais la veine... Est-ce qu'il y a une Providence... et prend-elle la peine de se moquer de moi?

Son regard fit le tour de la chambre. Elle croisa les mains sur ses genoux.

—Ignoble! ignoble! murmura-t-elle;—il faut la jeunesse que je n'ai plus pour affronter gaiement ces aventures... L'endroit est bon... il y a deux cents pas d'ici à la rue de Varennes... mais cela soulève le cœur.

Elle eut un sourire et répéta: