Ces six années avaient été, pour madame la marquise, une période de revers et de décadence.
Elle vieillissait vite et beaucoup. Son crédit tombait.
Elle avait décidément dit adieu au monde, pour que le monde, prenant les devants, n'eût pas l'idée de lui donner congé.
Seulement, elle s'était retirée avec les honneurs de la guerre, et le peu de relations conservées par elle étaient éminemment respectables.
Elle pouvait encore se relever par un coup d'éclat.—Elle était ici à sa besogne.
Quand le garçon qui l'avait introduite eut apporté la bouteille d'eau-de-vie et le verre qu'on avait l'habitude de lui servir sans qu'elle le demandât, la marquise lui montra du doigt la porte.
Il sortit. Elle releva son voile.
C'était un visage osseux, pâli et ravagé. A quinze ans, elle était laide. Elle atteignait maintenant sa quarante-deuxième année. La laideur n'était pas revenue, mais il y avait quelque chose d'effrayant dans ces restes ruines de beauté. Elle avait négligé sa toilette, sachant d'avance l'emploi de sa soirée. Ses cheveux mal en ordre laissaient voir quelques poils blancs vers les tempes; les rides de son front se creusaient vivement. La maigreur avait rendu plus apparente la saillie un peu exagérée de son nez très-mince et aquilin; des plis profonds et amers arrêtaient les coins de sa bouche. Il n'y avait de vraiment beau que ses yeux aux rayons fauves et chauds qui semblaient brûler sous la ligne trop touffue de ses sourcils.
Ces yeux, grands, hardiment fendus, et qui concentraient en eux toute la vie de cette physionomie morne, éteignaient souvent leur flamme.—Alors, il y avait sur ce visage une expression indicible de cynisme et d'abrutissement.
En revanche, sa taille avait gardé toute sa noble richesse, et sa robe noire amplement drapée lui donnait, quand elle se redressait, un port de reine.