—Voyons voir! s'écria Lagard, qui ne put résister au désir de faire un petit assaut.
Il adressa en même temps une ruade de premier choix au tibia gauche de Vital, qui changea de pied sur place.—Lagard poussa un cri de douleur et tomba sur ses deux genoux.
—Grâce! cria-t-il, moitié riant, moitié en colère.
Vital le lâcha. Lagard frotta son poignet meurtri et presque luxé.
—Cousin, dit-il avec admiration,—vous lèveriez le deux cents à bras tendus!... Si vous voulez, je vous ferai recevoir fort-et-adroit...
—Je ne veux qu'une chose, répondit Vital, savoir quel danger menace ma mère et pourquoi vous traitez avec si peu de respect madame la marquise de Sainte-Croix.
—D'abord, ça fait deux choses, dit Lagard; quant à la Vipère, du respect? Excusez... Je vous répète, cousin, que je donnerais cinquante francs pour que ma marraine...
Il n'acheva pas. Le lieutenant vit sa physionomie changer deux fois coup sur coup: la première fois pour réprimer une joie soudaine, la seconde fois, une vive et profonde anxiété.
Les yeux de Lagard étaient fixés sur la porte d'entrée. Vital se retourna. La petite bonne femme était là, debout, dans son costume des grands jours, appuyée contre le chambranle de la porte, mais si défaite et si pâle, qu'elle semblait près de s'affaisser sur elle-même.
—Qu'avez-vous, ma mère? s'écria-t-il.