De vraies larmes, cette fois. Cette auréole de fatalité qu'il s'était adjugée donnait satisfaction a son amour-propre futile. Cela le faisait clément en même temps que victorieux. La corde des bonnes impressions vibrait en lui avec une vigueur inaccoutumée.

Il avait pitié; c'était dans son rôle de conquérant. Souvenez-vous des grandes mélancolies de Napoléon traversant les champs de bataille au lendemain de la mêlée.

Il avait pitié.—Peut-on regarder sans compassion ces pauvres fleurs inclinées sur leur tige?

L'idée vient, l'idée de la goutte d'eau secourable qui pourrait leur rendre l'existence.

L'eau à la plante, le bonheur à la femme. Une goutte d'espoir, une goutte de cette rosée d'amour qui ranime et qui vivifie.

Une fois entré dans cette voie, la faiblesse même de sa nature et la débonnaireté réelle de son cœur devaient le mener très-loin. La plupart de ces gens ont du moins cette qualité neutre de ne savoir pas plus résister au bien qu'au mal. Le comte Achille valait certes mieux que le commun des jeunes premiers en retraite. S'il eût été en bonnes mains, on aurait fait de lui un père noble passable en quelques années de temps, entre des mains habiles comme celles de madame la marquise de Sainte-Croix... Mais nous ne savons pas encore à quelle sauce cette éminente personne prétendait le dévorer.

Il fut touché loyalement et profondément. Il ne serait pas juste d'analyser avec trop de minutie les diverses causes de son émotion. L'appareil de Marsh trouve partout de l'arsenic. Il est incontestable que notre analyse découvrirait dans l'émoi présent du comte Achille une très-notable dose d'égoïsme; mais nous avons déjà manqué d'indulgence à l'égard de ce personnage, précisément à cause de la place un peu trop large et trop haute que ses pareils, typiquement parlant, occupent dans notre beau monde. Aller au delà, ce serait exagérer la sévérité.

Souvenons-nous qu'aucun groupe typique de consciences ne résisterait au travail de l'appareil de Marsh, transporté dans le domaine moral.

En somme, le comte Achille pouvait bien se reprocher la fin prématurée de sa première femme, conduite au tombeau par le chagrin; mais il ignorait, nous l'affirmons, les moyens terriblement ingénieux pris par madame de Sainte-Croix et ses complices pour hâter cette catastrophe. Il ne connaissait pas la comédie nocturne jouée au chevet de la jeune comtesse.

Le seul coupable, à son sens, c'était lui-même. Devant cette pauvre belle créature inanimée, il fit serment de n'être pas deux fois meurtrier.