Il resta là, seul, en face de ce mal semblable à la mort; il ne voulut point d'aide, parce que sa sensibilité, tout à coup exaltée, connut pour un instant les délicatesses du dévouement viril. Il se dit avec raison: «Il suffira de moi pour lui rendre la vie.»
Ainsi agenouillé et réchauffant de ses lèvres la bouche froide de cette femme qu'il avait adorée presque enfant, dont les sens et le cœur étaient nés à son profit, il évoqua malgré lui tout le passé.
La poésie n'est pas toujours en nous. Le choc des événements la produit.
Il est des orages de poésie aussi indépendants de nous que ces autres orages, nés de la bataille des nuées, qui se heurtent au-dessus de nos têtes.
Tout ce poëme charmant des jeunes amours se déroula autour du comte Achille comme une guirlande fleurie. Il revit ce sourire qui avait éclairé son deuil, il écouta ce chant suave et doux qui tombait de la fenêtre modeste, là-bas en la vieille cité de Liége. Comme elle était charmante, inclinée sur sa broderie et secouant ces grands cheveux prodigues qui l'aveuglaient comme un voile!...
Quand elle relevait la tête, quel rayon!
Et sa tâche terminée, comme le naïf triomphe illuminait son front de seize ans!
Le comte Achille se disait,—à cette heure, il s'en souvenait bien: «Pourquoi tant de joie? Fallait-il la tâche accomplie pour que sonnât l'heure du rendez-vous?»
Il la suivit,—pour savoir.
Et déjà son cœur battait, épouvanté par cette idée; le jeune amant l'attendait au détour de la rue prochaine.