Car le comte Achille se fut fait dégoût à lui-même s'il n'eût pu se dire à cet instant: «J'étais sincère: je voulais tenir au delà de mes promesses.»
Cette union valait devant Dieu.
Tout en songeant ainsi, le comte Achille entourait Béatrice de ces soins que chacun sait administrer aux personnes privées de sentiment. Quand Béatrice poussa le premier grand soupir, il se mit à guetter ce réveil qu'il allait faire si joyeux. Il l'admira, pâle qu'elle était encore et gracieusement affaissée dans ses bras. Il s'écria dans le fond de son cœur: «Je l'aime! je sens que je l'aime! Elle est ma femme, je veux lui donner assez de bonheur pour expier toutes ses larmes!...»
Il n'avait plus que cette pensée dans l'esprit et que ce désir dans l'âme.
Un baiser acheva le réveil de Béatrice, qui ouvrit les yeux, cherchant ses souvenirs.
—Vous ici!... murmura-t-elle.
Il y avait du ravissement dans ses yeux pendant qu'elle le contemplait agenouillé.
—Il y avait si longtemps!... dit-elle encore;—est-ce que je rêve?...
Achille s'assit auprès d'elle sur le sofa et passa son bras derrière sa taille.
Il y avait un cœur maintenant sur son visage, et vous l'eussiez trouvé plus beau à cette heure où il l'aimait.