L'être supérieur crée l'idole à l'image de sa propre force.

Béatrice écoutait, la pauvre belle âme, subjuguée et charmée. Elle buvait les paroles avec une sorte d'ivresse. Elle admirait, elle adorait. Elle se demandait de bonne foi par quelle vertu elle avait mérité cet immense bonheur.

—Si un jour, dit-elle dans son humilité idolâtre,—tu venais à regretter...

—Je serai lié! l'interrompit héroïquement le comte Achille;—c'est ce que je veux, c'est ce que je souhaite... Une chaîne pour moi, c'est une arme; j'ai besoin d'arme pour me défendre...

Il ajouta, entrevoyant peut-être le ridicule souverain de cette argumentation:

—Pour défendre mon bonheur, qui est de t'aimer.

Béatrice lui tendit sa main blême et tremblante. Il y déposa un baiser et reprit:

—Ce soir, la petite fête pour le retour de notre Césarine... Demain, le départ... Nous nous rendons à notre terre de Bourgogne... Nous nous marions sans bruit: le silence est ce qu'il y a de mieux autour d'une réparation... Nous restons ensemble pendant toute la belle saison, et, à notre retour à Paris, nous sommes de vieux époux... En quelques mois, nous avons regagné des années.

Béatrice s'inclina. Elle mit un baiser avec une larme sur la main du comte Achille.

—As tu fini?... pensait mademoiselle Jenny derrière la porte.