Madame la baronne du Tresnoy et la vicomtesse étaient assises auprès du bureau, dont les séparait l'ancien fauteuil de travail de feu M. du Tresnoy.

Sur ce fauteuil, recouvert en maroquin vert noirâtre, plusieurs liasses de papiers étaient posées; ces papiers avaient été pris parmi ceux qui dormaient depuis des années sous la serge du bureau.

Madame du Tresnoy était pâle. De vagues inquiétudes se lisaient dans son regard.

La vicomtesse semblait fort émue. Sur son visage spirituel et gracieux, qui paraissait tout jeune au demi-jour tombant des hautes fenêtres voilées, vous eussiez reconnu cette vaillance agitée et un peu fiévreuse des chevaliers enfants qui vont se jeter dans quelque romanesque aventure.

Nous avons dû le dire: elle était charmante ainsi, par le seul espoir d'occuper au bien son oisiveté découragée.

Elle attendait. Depuis une minute ou deux, madame du Tresnoy gardait le silence. Évidemment, la rêverie la tenait.

—Il y a ici bien des secrets! dit-elle tout à coup comme en se parlant à elle-même.

Puis, prenant la main de la vicomtesse:

—Ma chère Anna, voulez-vous réfléchir encore? demanda-t-elle;—le danger existe, je vous le répète... Cette femme a brisé des obstacles plus forts que vous.

—J'ai réfléchi, chère madame, repartit la vicomtesse en assurant sa voix un peu altérée;—je vous répète à mon tour qu'il me plaît en ce moment d'affronter un danger quel qu'il soit.