Madame la baronne du Tresnoy et madame la vicomtesse de Grévy étaient réunies dans une vaste pièce, à l'aspect sombre et austère, qui avait servi de cabinet de travail à feu M. du Tresnoy. Depuis sa mort, tous les objets à son usage étaient restés là tels quels. Le respect de la famille défendait ce sanctuaire, qui sentait énergiquement le renfermé.
L'ameublement du cabinet affectait le style empire. Les siéges en bois d'ébène, chargé de sobres sculptures, avaient cette tournure lourde et courte qui imprimait en ce temps à tous les objets usuels un caractère d'uniformité si fâcheuse. Le bureau, également en ébène, incrusté carrément d'un filet de nacre azuré, touchait à la muraille entre les deux fenêtres.
Au-dessus du bureau pendait le portrait de M. le baron du Tresnoy, en costume de conseiller maître à la cour des comptes. Il avait occupé cette position avant d'être préfet de police.
C'était une toile sèche et roide, signée par un bon peintre de l'école de David. La robe rouge, crûment exprimée, tuait le visage, qui s'effaçait presque, placé qu'il était à contre-jour.
Cette peinture était la seule qui ornât le cabinet. Les trois autres pans des murailles étaient recouverts par trois corps de bibliothèque en chêne noir à filets de nacre, couronnés d'une corniche conique sur laquelle se couchaient, de distance en distance, des figurines de bronze.
Presque toutes représentaient des sujets de la tragédie antique.
Les vitrines de la bibliothèque laissaient voir une belle collection de livres de grand format à la reliure austère.
Un voile de serge d'un vert sombre était jeté sur les papiers du bureau.
Rien n'était poudreux ni dérangé, en ce lieu où l'ancien maître de la maison avait coutume de prolonger ses veilles laborieuses. Le désordre eût peut-être amoindri le caractère de tristesse glaciale qui se dégageait abondamment de tous ces objets; mais il n'y avait point de désordre.
C'était un deuil calme et profond, tout plein de symétrique gravité.