»Je parle du cas où le mari est capable d'enseigner. C'est mon cas. M. du Tresnoy était un cœur solide et doux, une éminente intelligence.
»Mes opinions sur toutes choses sont faites. J'ai en moi-même un code avec prescriptions certaines et sévères. J'ai ma loi universelle et complète. Je n'hésite jamais.
»De là vient que mon repentir est un remords,—car j'ai agi en connaissance de cause.
»Dans mon opinion arrêtée, il est aussi coupable de laisser passer l'assassin armé que de tuer un homme volontairement. Le crime passif n'a pas plus d'excuse que l'action du crime.—La jurisprudence humaine admet ceci, à un certain degré: c'est ce que le code appelle complicité morale.
»Voici le poids que j'ai sur le cœur.
»A cause de la volonté dernière de M. du Tresnoy, mon mari, et chargée que je suis de ce dépôt, délicat entre tous: mes deux filles, j'ai reculé,—lâche comme une mère,—devant ma foi et ma loi.
»J'ai laissé passer l'assassin armé. Je suis restée immobile et muette quand il fallait agir et quand il fallait parler haut...
—Et vous voulez réparer votre faute? demanda la vicomtesse.
—Je vous avais priée de ne me point interrompre, dit madame du Tresnoy presque sévèrement.
Puis elle ajouta d'un ton rassis et résolu: