Madame la baronne du Tresnoy, appuyée sur la noble mémoire de son mari, était reçue partout avec empressement, avec honneur.—Mais l'opinion publique avait condamné ses deux filles au célibat à perpétuité.

De là, un peu d'amertume, amertume autre et plus profonde que celle de madame la vicomtesse de Grévy.

L'une procédait par la satire osée, l'autre par la réserve légèrement perfide. Toutes deux se vengeaient. Il ne faisait bon attaquer ni l'une ni l'autre, ni la jeune femme hardie, ni la prudente mère de famille.

Si jamais le hasard les eût mises aux prises, madame de Grévy eût été vaincue, parce qu'elle était la plus forte et qu'elle n'avait besoin de personne.

Le besoin qu'on a du monde habitue l'esprit à une sorte d'escrime. Craignez ceux qui ont besoin de vous.

Le besoin que madame du Tresnoy avait du monde, tout en dirigeant habituellement sa conduite, ne lui avait jamais fait perdre la probité de son cœur. C'était, au demeurant, une honnête et bonne femme, n'ayant d'autres vices que ses filles à marier.

Les filles, comme cela est indispensable dans la situation, valaient moins qu'elle, parce que leurs petites rancunes envieuses et leur passion de s'établir étaient directes, étaient personnelles. Chez elles, le mobile était l'égoïsme; chez la mère, c'était l'amour.

Nous nous souvenons que madame la baronne du Tresnoy avait renvoyé ses deux filles pour causer seule avec la vicomtesse et qu'elle avait abordé l'entretien avec une sorte de solennité. Madame de Grévy était tout oreilles. Son bon cœur ici fraternisait avec son penchant à la curiosité.

Mais madame du Tresnoy, qui venait de céder à un premier mouvement de générosité, parut tout à coup se ralentir. Au début, il y avait promesse d'un secret confié; la fin de son discours se perdit dans de vagues et timides insinuations.

Il y avait un complot, et la marquise de Sainte-Croix était dans le complot: voilà tout ce que put noter la vicomtesse.