Le degré de peine qu'elle éprouvait à vivre isolée, personne n'aurait pu le déterminer. Elle avait une armée de connaissances, point d'amie intime.
Un peu d'amertume dans la parole et sans doute un peu plus encore dans le cœur; une jalousie instinctive et frivole contre les astres nouveaux qui venaient luire à cet horizon mondain où elle avait brillé un instant, si franchement belle et heureuse; un esprit hardi et trop caustique, un parti pris de tout dire parfois exagéré: tels étaient les symptômes à l'aide desquels l'observateur pouvait sonder la plaie de cette âme.
Aussi, la disait-on méchante.
Dans un certain milieu, cela signifie parfois trop bonne;—bonne au point de faire peur aux hypocrites.
Madame la baronne du Tresnoy avait une position et manquait de fortune. Chose terrible.
Ses deux filles étaient à marier sans dot. Chose lamentable.
Madame la baronne du Tresnoy était dans le monde tout naturellement et chez elle; car, là, il y a au moins des droits. Mais ces droits, hélas! ne s'étendent pas bien loin quand on n'a pour les soutenir ni la puissance politique, ni la richesse.
La famille du Tresnoy avait eu la puissance politique. On lui savait gré d'en avoir bien usé.
A l'époque où se passe notre histoire, il ne pouvait même pas être question d'influence politique dans le faubourg Saint-Germain pur.
Louis-Philippe régnait.