La baronne s'interrompit pour jeter un coup d'œil sur les papiers qu'elle tenait à la main et ajouta presque aussitôt:
—Je trouve ici le nom de ces jeunes gens. Ils s'appelaient M. et madame Seveste. Madame Seveste était enceinte en même temps que madame Octave Merriaux. Lors de l'accouchement de madame Seveste, qui n'était pas riche, la concierge du no 37 bis lui servit de gardienne.
»Cette concierge était une femme d'âge moyen, qui passait dans le quartier pour être très-originale et très-charitable.
»Madame Seveste accoucha d'un garçon; madame Octave Merriaux mit au monde une petite fille.
»Ceci, au dire de Fromenteau, car personne dans le quartier n'avait connaissance de ce qui se passait chez madame Octave. Elle ne recevait personne, sinon une vieille femme et un homme de trente-huit à quarante ans, qui avait la tournure d'un ancien militaire. La vieille femme et l'homme entre deux âges, que Fromenteau désigna plusieurs fois dans son rapport sous le nom de l'habit bleu, assistaient seuls à son accouchement.
»Un certain mystère entoura ce dernier moment. Les derrières des deux numéros 37 et 37 bis se touchaient, formant une de ces maisons doubles si communes à Paris. Il n'y avait pour les deux qu'un propriétaire. Du modeste appartement des époux Seveste, on put entendre les cris de madame Octave.
»Madame Seveste s'intéressait à cela d'une façon toute naturelle, étant arrivée elle-même à son terme et attendant à chaque instant les douleurs. Les deux appartements n'étaient séparés que par un mur à la vérité fort épais, mais dans lequel deux armoires étaient ménagées, une de chaque côté.
»Madame Seveste écouta d'abord de sa place, quand les cris de sa voisine parvinrent jusqu'à elle; mais bientôt la passion de mieux entendre la saisit, car elle se disait:
»—Demain peut-être je serai comme cela.
»Elle voulait savoir.