»Elle ouvrit son armoire. Elle n'était plus séparée de l'accouchée que par l'armoire de l'appartement voisin. Les cris étouffés et les gémissements lui arrivaient maintenant distincts.

»Elle était seule. Son mari l'avait quittée, le matin, pour faire un petit voyage.

»Tandis que la jeune femme écoutait ces plaintes déchirantes qui passaient à travers la cloison, une sensation d'angoisse inexprimable la saisit et fit monter la sueur à ses tempes. Sa solitude lui pesa tout à coup comme une menace. Elle sentit que l'heure était venue.

»Elle essaya de se traîner jusqu'à la porte pour appeler la concierge, qui lui avait promis son aide. Une douleur la tordit sur place et la mit à genoux.

»Cela fut rapide comme l'éclair. Au bout d'une seconde, elle n'éprouva plus rien.

»Elle se dit:

»—Ce que c'est que la frayeur, quand on est toute seule.

»Elle ne songea plus à appeler.

»En ce moment, ceux qui étaient autour de la voisine ouvrirent l'armoire de l'autre côté du mur pour y prendre sans doute quelque objet dont la patiente avait besoin.

»On ne criait plus, on gémissait. Le fond commun des deux armoires,—une mince planche,—laissait passer le son si distinctement, qu'on eût dit que les deux chambres n'en faisaient plus qu'une, coupée en deux par un paravent.