La baronne gardait le silence.
La comtesse Béatrice peut-elle être sauvée? demanda brusquement madame de Grévy.
—Sur l'honneur, je l'ignore, répondit la baronne.
La jeune femme appuya son front contre sa main.
—Cette jeune Maxence aime le comte de Mersanz? dit-elle encore.
—A cet âge?... commença madame de Grévy.
—Ses yeux ont trente ans! formula péremptoirement la vicomtesse.
Il y eut un nouveau silence.
—Chère madame, dit la jeune femme en se levant, je suis habituée à vous respecter... ma mère était votre amie... Veuillez pardonner ce qu'il y a eu d'un peu vif dans mes paroles... j'ai besoin de vous avouer ingénument le double travail qui s'est fait en moi depuis quelques minutes... J'ai cru deviner qu'il y avait un grand combat à livrer... un combat dangereux... or, je suis seule ici-bas... et bien fatiguée... Vous avez ouï parler de ces âmes brisées qui se font n'importe quoi pour occuper le restant de leur activité: sauveteurs parfois,—parfois sœurs de charité... Risquer c'est vivre... je n'ambitionne pas le prix Montyon... c'était pour moi... je voulais me divertir à bien faire.
—Votre mère avait ce cœur-là! murmura la baronne, dont les yeux se mouillèrent;—elle cherchait des excuses à ses bonnes œuvres.