—Nous ferions fausse route, répondit la baronne,—si nous cherchions, dans ce que je vous ai dit, une histoire,—un fait proprement dit, ayant son exposition et son dénoûment... S'il en eût été ainsi, l'embarras de M. du Tresnoy n'eût pas existé... Entrez dans la situation même, si vous voulez comprendre, chère belle... Je n'ajoute rien à la vérité... je ne transforme aucune hypothèse en assertion... je vous raconte purement et simplement l'effort d'un magistrat intègre, courageux et qui passait pour habile... Cet effort tendait à la découverte d'un crime ou d'une série de crimes... Quand j'aurai tout dit, vous aviserez.
»Je puis répondre, cependant, tout de suite à votre dernière question: «Que devint l'enfant?»
»L'enfant mourut au bout de quelques semaines. Il était en nourrice au bas Meudon, près de Paris. Le prince de *** l'allait voir publiquement. La nourrice ne connaissait point madame Octave Merriaux, qui, durant la courte existence de l'enfant, ne mit pas une fois les pieds chez elle.
»Nous allons causer un peu de cette madame Octave Merriaux.
»Puisqu'il était bien démontré que ce n'était pas une seconde incarnation de la marquise de Sainte-Croix, on devait pouvoir la joindre, l'interroger et faire, à l'aide de ses réponses, un peu de jour dans l'étrange nuit de ces mystères. Pour le préfet de police de Paris, il n'y a pas d'être humain qui puisse disparaître ainsi sans laisser de traces.
»M. du Tresnoy, masquant désormais ses batteries, feignit de ne plus donner aucune attention à toute cette histoire. Je fis visite à madame de Sainte-Croix, qui me la rendit, et tout rentra dans l'ordre. Mais deux agents souverainement habiles continuèrent sous main la chasse. On les mit sur la piste d'un double gibier: madame Octave Merriaux et cet homme que je vous ai désigné sous le nom de l'habit bleu.
»L'habit bleu ne fut pas très-difficile à trouver: c'était un ancien militaire, adonné à la profession de marieur. Il avait des bureaux. Son commerce se faisait au soleil. Pour mille raisons, mon mari ne pouvait l'interroger. C'eût été se mettre du premier temps hors de garde.
»L'un des agents, un homme du nom de la Gouesnais, se présenta chez lui comme client et lui promit une bonne somme s'il parvenait à l'établir. Il espérait voir chez lui madame Octave Merriaux, ou tout au moins trouver ce nom sur quelque liste de fiancées d'occasion.
»Mais, sous une apparence de rondeur brusque et commune, ce Clérambault cachait une adresse de chat...
—Qui appelez-vous Clérambault? demanda la vicomtesse.