—N'aie pas d'inquiétude, fillette, dit-il;—ces oiseaux-là n'auront pas le toupet de s'attaquer à l'enfant du vieux Roger!

Cette nuit-là, Béatrice dormit peu. Elle croyait de bonne foi n'avoir d'autre souci que la maladie d'Émerance et son état de complet dénûment.

Mais, le lendemain, il s'était opéré un prodige. La baguette d'une bonne fée avait touché le seuil de cette indigente demeure où l'ancienne maîtresse de pension se mourait, découragée.

Comment expliquer autrement le changement qui s'était opéré? La chambre nue avait de bons meubles bien simples, mais commodes et propres. Dans l'armoire, qui était elle-même un cadeau de la fée, du linge s'empilait. Au lieu du grabat misérable, un lit confortable et tout neuf étalait ses draps blancs.

La pauvre vieille demoiselle était aux trois quarts ressuscitée par la joie. Elle parlait d'ange et de miracle.

Le miracle était l'œuvre du jeune comte de Mersanz, qui était l'ange.

Est-il besoin de conter le reste en détail?

Ce fut près de ce lit d'agonie que Béatrice entendit pour la première fois la voix d'Achille.

Car le bonheur fut impuissant à sauver la pauvre Émerance. Elle retomba au bout de quelques jours et s'en alla tout doucement, unissant dans la bénédiction suprême ces deux êtres secourables que Dieu lui avait envoyés pour entourer sa dernière heure de consolations et d'espoirs: Achille et Béatrice.

Achille était venu chez Émerance sur les pas de Béatrice. La beauté de la fille de Roger l'avait littéralement ébloui. C'était comme cela qu'Achille devenait amoureux.