Il portait encore le grand deuil de sa première femme,—cette pauvre douce créature que madame de Sainte-Croix avait tuée par le chagrin.

La mère de Césarine.

Le comte Achille la regrettait sincèrement, il faut bien le dire. Depuis le commencement de son deuil, le comte Achille menait une vie exemplaire et se croyait cuirassé contre l'amour.

Ce serait se tromper que de croire à une séduction préméditée. Le comte Achille était incapable de cela.

Le caractère de Lovelace n'est point français. Cette froide diplomatie du coquin élégant appartient en propre à la joyeuse Angleterre. Nos perversités sont, par bonheur, autrement faites que celles de nos bons voisins et alliés.

Achille aimait comme un fou. Ses amours le prenaient par accès subits et foudroyants, comme d'autres ont des attaques d'apoplexie ou de haut mal.

Sa première idée fut d'épouser. Il garda cette idée-là très-longtemps, à l'exemple de ce débiteur loyal qui disait: «J'aimerais mieux ne vous payer jamais que de nier ma dette un seul instant.»

Il était riche, il était libre, et, en définitive, la fille d'un capitaine en retraite occupe une de ces positions neutres qui ne peuvent être un obstacle insurmontable. Il n'y a pas là mésalliance dans toute l'acception du terme, comme si, par exemple, on épousait la fille d'un courtier ou d'un traitant.

Nous employons ce mot suranné pour ne choquer personne.

Eût-il épousé la fille d'un traitant ou d'un courtier, comte Achille savait bien, d'ailleurs, qu'il était, vis-à-vis du monde parisien, dans la position de ces grandes puissances dont le pavillon couvre la marchandise.