Nous avons entendu la conversation aussi spirituelle qu'honorable de M. Baptiste et de mademoiselle Jenny.
Ce n'était pas la première fois que monsieur ne rentrait point et que madame passait la nuit à pleurer.
Dans l'isolement qui se faisait autour d'elle, Béatrice avait deux consolations. M. Baptiste et mademoiselle Jenny trouvaient ces consolations mal choisies. Nous ne pouvons pas trop les blâmer pour cela.
Ces consolations avaient un nom chacune. La première s'appelait Marguerite, tout uniment: c'était notre belle petite marchande de plaisirs. La seconde se nommait Vital: c'était un grand beau garçon d'officier.
Une débitante de pommes d'api et un lieutenant de la ligne, ce n'était peut-être pas, il faut être juste, la société qui convenait à une comtesse de vingt-trois à vingt-quatre ans.
Marguerite encore, passe. La bienfaisance pouvait expliquer les visites de la petite bonne femme.—Mais le lieutenant Vital...
Au moment où nous entrons dans sa chambre, Béatrice sommeillait encore malgré l'heure avancée. Nous savons pourquoi. Les larmes fatiguent.
Elle avait la tête appuyée sur l'extrême bord de l'oreiller. Sa main droite retenait à son insu ses cheveux admirables; son bras gauche pendait. Il y avait un sourire sur ses lèvres un peu pâlies.
Maxence avait eu raison de le dire: celle-là était merveilleusement belle, plus belle que Césarine, l'adorable enfant, et plus belle que Maxence elle-même.
C'était la beauté douce, sereine, intelligente, nous allions dire céleste.