Béatrice la prit dans ses bras.
Achille, tout heureux, malgré les souvenirs évoqués, s'éloigna. Césarine et Béatrice restèrent seules. Achille les retrouva ensemble: Césarine sur les genoux de Béatrice.
Depuis ce moment, Césarine eut en Béatrice la meilleure des amies. Il n'y eut pas un nuage entre elles jusqu'au moment où mademoiselle Maxence de Sainte-Croix fit son entrée à la pension Géran. Vers cette époque, Césarine commença à se refroidir.
Béatrice aurait eu pourtant grand besoin de ses caresses. Il y avait déjà du temps qu'elle avait appris ce que c'était que le chagrin. Le maréchal, si bon avec tout le monde, lui tenait rigueur depuis les premiers jours. Il n'avait jamais voulu lui pardonner son entrée brusque et mystérieuse dans la famille.
Un jour qu'Achille parlait de reprendre du service après avoir donné sa démission de colonel en 1830, le maréchal dit:
—Vous ferez bien... vous n'êtes pas des nôtres... vous avez outragé la mémoire de ma fille chérie: toutes les trahisons se touchent.
Sa fille chérie, c'était la première comtesse.
Béatrice souffrait: le comte Achille ne cessait pas d'être affectueux et bon avec elle; mais il s'éloignait.
Elle fut longtemps avant de prononcer ce mot dans son cœur.
Il fallut l'évidence.