Béatrice savait parfaitement de quoi parlait mademoiselle Jenny.

—C'était au point, poursuivit la carriériste,—qu'au moment où M. le comte a ouvert ses fenêtres...—Mais, s'interrompit-elle,—madame la comtesse n'aime pas à m'entendre bavarder.

Elle se tut. Béatrice, de son côté, garda un instant le silence. Elle restait pensive et ne regardait point mademoiselle Jenny, qui déployait autour du lit une activité tout à fait inusitée et superflue.

Mademoiselle Jenny était là comme ces pêcheurs hardis qui ont planté le harpon dans le flanc de la baleine; elle laissait filer le câble et se disait:

—Bien sûr qu'elle va prendre un détour pour m'interroger.

Mais la comtesse Béatrice ne prenait jamais de détours.

Elle fit un pas vers la camériste et lui dit:

—Je désirerais savoir ce qui se passait au moment où mon mari a ouvert sa fenêtre.

—Mon Dieu! répliqua mademoiselle Jenny,—je suis vraiment fâchée d'avoir parlé de cela à madame. Ce n'est pas à moi que M. Baptiste l'a dit: madame sait bien que je ne cause jamais avec les domestiques... mais, comme je traversais l'antichambre pour aller recevoir la couturière de madame, qui apportait la robe pour la petite fête de ce soir, j'ai entendu M. Baptiste qui disait au frotteur et au second valet de chambre, Martin: «Si vous faites des cancans là-dessus, on vous chasse!...» Oh! pour fidèle, M. Baptiste l'est! Je puis répondre de lui à madame la comtesse, presque autant que de moi-même.

—Vous ne m'avez encore rien dit, prononça Béatrice avec fatigue.