Mademoiselle Jenny baissa les yeux.
—C'est que..., murmura-t-elle,—j'ai si peur de déplaire à madame la comtesse... Après tout, moi, je n'ai saisi que quelques mots en passant... je ne m'arrête jamais à l'antichambre... On peut demander à M. Baptiste s'il m'arrive de bavarder avec lui, comme toutes ces demoiselles ne se gênent pas pour le faire dans les maisons... j'ai toujours détesté ça... Pendant qu'on cause, qui est-ce qui fait l'ouvrage?... Et puis que gagne-t-on à se commettre avec les subalternes?... Les maîtres sont libres: pourquoi épiloguer sur ce qu'ils font et sur ce qu'ils ne font pas?... Tout le quartier a-t-il besoin de savoir que M. le comte était furieux... mais, la, furieux... et qu'il en bégayait, tant la colère le tenait... C'est déjà bien assez de ce que les voisins espionnent par la grille, sans aller clabauder ceci et cela... que madame pleure, que monsieur brise la porcelaine à coups de canne, comme je l'ai vu dans ma dernière place... Mais ce n'était pas comme ici. Ah bien, oui! Tout le monde les croyait mariés... Je t'en souhaite!... la noce s'était faite au treizième...
Mademoiselle Jenny ne put s'empêcher de glisser une œillade sournoise vers sa maîtresse. Celle-ci venait de s'asseoir. Ses deux mains s'appuyaient contre sa poitrine. Elle semblait près de défaillir.
Mademoiselle Jenny n'eut point pitié.
—Ça va et ça vient! reprit-elle;—le premier moment de colère emporte tout... Demain, M. le comte ne se souviendra plus de ce qu'il a dit.
—Qu'a-t-il dit?... demanda faiblement Béatrice.
C'était le moment de porter un coup de massue.
—Quant à cela, répondit mademoiselle Jenny,—un homme dans la position de M. le comte n'aime pas à être la fable du quartier... Il paraît que ses amis le font enrager avec ce beau-père... ça le taquine... En cassant le grand vase, il a dit: «Ma maison est un cabaret... je déserterai plutôt!... je m'en irai!... je suis à bout!...» Le vase avait coûté quatre mille francs chez Monbro... Si encore ça servait à quelque chose de se mettre dans des états pareils!... à moins qu'on n'ait besoin de prétexte pour briser les vitres... ça s'est vu... Des fois, on crie bien haut à propos de ceci, parce qu'on n'ose pas souffler mot à propos de cela...
Sur notre honneur et sur notre conscience, nous déclarons ne pas savoir où mademoiselle Jenny se serait arrêtée. Étant donné un thème si opulent, il n'y avait absolument pas de raison pour que la harangue de mademoiselle Jenny prît fin.
Désormais, Béatrice l'écoutait, passive et atterrée.