Le comte Achille était grand; sa taille élégante et riche emplissait merveilleusement l'habit noir. Il avait toutes les vertus physiques de l'homme du monde: c'était un tireur précieux, un chasseur de premier ordre, un écuyer hors ligne. Son tailleur le plaçait fort haut; il mettait généralement ses fournisseurs à la mode,—et pourtant rien en lui ne dénotait cette ridicule préoccupation du dandy, ce culte idiot de lui-même, qui fait de nos beaux un type à part dans l'espèce humaine.
Le comte Achille était simple dans ses goûts et magnifique dans ses dépenses.
Il avait l'esprit du monde au plus remarquable degré. Il savait vivre. Il plaisait.
Il était bon. Il faisait le bien sans faste et peut-être aussi sans entraînement. Mais sa charité était assurément à la hauteur de sa fortune,—et ceci devient rare dans notre siècle perfectionné.
Il avait aimé sa première femme, il aimait sa seconde femme, il adorait sa fille.
Ses principes politiques étaient sujets à vaciller quelque peu;—mais, pour tout ce qui était affaire d'intérêt, sa délicatesse atteignait au scrupule.
En vérité, c'était un gentilhomme! et vous voyez si nous sommes loin de faire ici de la diatribe.
Mais sa première femme était morte de chagrin, mais sa seconde femme était menacée du dernier malheur, mais sa fille, avant même de franchir les limites de ce cloître bourgeois, la pension Géran, avait autour d'elle quantité de trappes tendues et bon nombre de piéges à biche.
Que manquait-il donc à ce beau comte Achille?
Était-ce une fatalité qui rayonnait autour de lui, portant malheur à tout ce qu'il aimait?