—Mademoiselle!... murmura ce dernier, dont les lèvres roides se crispaient.

—L’autre était encore plus belle! fit doucement Maxence, dont le regard alla chercher le jeune et suave visage de Béatrice.

Elle avait employé le verbe être à l’imparfait, comme si Béatrice eût déjà rejoint dans la tombe celle qui se nommait avant elle madame la comtesse de Mersanz.

Le comte Achille restait frappé de stupeur.

—Tout ce que je vous dis vous étonne, reprit Maxence avec ce sourire étrangement découragé qui faisait sa physionomie si différente de celle des autres jeunes filles;—je n’ai point voulu vous faire du mal... Je ne crois pas que vous ayez l’âme méchante... et, pourtant, j’ai bien fait tout ce que j’ai pu pour ne pas vous aimer, car vous portez malheur!

Ces choses étaient si bizarres, si contradictoires et si absolument inattendues, que le comte Achille se réveilla par l’excès même de sa surprise. Il était homme du monde après tout, et ce trouble, éprouvé par lui naguère en face d’une toute jeune fille, ne pouvait être qu’une crise passagère.

Sans connaître madame la marquise de Sainte-Croix comme nous pouvons la connaître, il la savait habile incomparablement. Il l’avait aimée autrefois. Il l’avait quittée; disons plus: il s’était enfui par la peur qu’il avait d’elle.

Madame la marquise avait eu bien raison quand elle avait dit, pour exprimer combien elle comptait sur la nouvelle passion du comte: Il l’aime au point de s’être adressé à moi.

Ceci était énorme, en effet. On peut mesurer exactement le désir à la hauteur de la barrière franchie. Évidemment, le comte aimait assez pour faire toutes les folies du monde, mais à la condition qu’un ne touchât point au bandeau qu’il avait sur les yeux.

Ici, Maxence, à supposer qu’elle fût complice de sa mère, jouait un jeu assurément inexplicable.