C’était la troisième ou quatrième fois qu’elle mettait en avant son amour, sans retenue aucune et appelant bravement les choses par leur nom.

Le résultat ordinaire avait lieu: devant cet amour, exprimé avec une franchise inusitée, Achille ne parlait plus du sien.

Il n’y a pas une femme au monde qui n’ait l’instinct de cette loi. Il n’y a pas une femme qui ne sache qu’en matière d’amour, la défense est l’attaque. La pudeur est une valeur qui a acheté le nom de vertu comme les gros commerçants payent la noblesse qui rend leurs vieux jours plus grotesques.

—Il est pourtant une femme, reprit Maxence suivant un ordre d’idées dont le lien échappait au comte,—une femme qui pourrait parler clairement... mais je n’ai jamais osé l’interroger.

—Quelle femme? demanda M. de Mersanz.

Au lieu de répondre, Maxence passa la main sur son front.

Puis, d’une voix changée, elle se prit à réciter ces vers:

A son insu l’acide mord,
A son insu la fange tache,
Et le vil poignard qui se cache
A son insu donne la mort...

Achille ouvrit à ce coup de grands yeux. La pensée lui vint qu’elle était folle.

Cela pouvait se lire sur son visage, paraissait-il; car Maxence poursuivit avec lenteur: