—Cela n’est pas permis, continua le comte, dont la voix s’affermit parce que le plus fort était fait,—je me tais... Mais ce qui n’est pas permis non plus, c’est de laisser une belle et noble enfant briser sa vie et tuer son avenir par je ne sais quel vain sophisme de dévouement et de générosité... Vous m’aimez, Maxence, vous m’aimez malgré vous et jamais aveu ne m’a touché si profondément que le vôtre... Pourriez-vous donc m’aimer, si vous me méprisiez?...
—Oui..., murmura Maxence d’une voix faible.
Ce fut comme un gémissement.
—Vous vous trompez vous-même! s’écria M. de Mersanz;—comme toutes les jeunes filles, vous avez lu de ces livres, prétendues études de mœurs, qui prennent la vie à rebours et font de l’existence humaine un extravagant paradoxe... Vous jouez avec le feu, Maxence... Je vois votre cœur battre au travers de vos dédains mensongers... Je ne vous comprends pas tout à fait; mais je vous devine, et, sur mon honneur, fallût-il vous défendre contre vous-même, je serai votre avocat et votre chevalier.
Je ne sais si Maxence l’écoutait, mais elle dit comme si sa pensée se fût échappée malgré elle:
—Avant de vous avoir vu, jamais je n’avais songé à mourir...
—Mourir! répéta le comte en attirant jusqu’à ses lèvres la belle main de la jeune fille.
Peut-être qu’en cet instant il était sincèrement ému, car le découragement de mademoiselle de Sainte-Croix ne ressemblait point à ces petits rôles désolés qui composent la comédie des pensionnaires en mal de roman.
Elle serra sa main d’un spasme faible et court. Ses yeux se troublèrent. Elle dit:
—Je veux rentrer dans le bal.