—Si vous ne les lisiez pas, répliqua madame du Tresnoy, tout ce que j’ai dit serait inutile... Les faits sont là dedans: vous n’avez eu que la préface.

La vicomtesse se leva.

—Restez, dit la baronne;—vous allez faire ici votre lecture... Tout cela est de la main de mon mari... Pas une de ces feuilles ne sortira de ce cabinet.

Il y eut comme une nuance de provocation dans son accent quand elle ajouta:

—Si vous voyez là dedans de la défiance, et que cette défiance vous choque, je ne puis qu’en être fâchée... mettons que je ne vous ai rien dit.

La vicomtesse, sans manifester aucune impatience, se rassit et disposa de nouveau les plis de sa robe.

Madame du Tresnoy la regardait avec une curiosité croissante.

—Ceci était ma dernière épreuve, dit-elle;—j’ai voulu vous tenir la porte de sortie ouverte jusqu’à la fin... Certes, vous aviez le droit de vous formaliser ou de faire semblant... Rien n’était si aisé que de me dire: «Vous passez les bornes!» et de prendre la clef des champs... Les vieilles femmes comme moi, chère belle, ont la prétention de connaître le cœur humain... Vous avez dû rencontrer dans le monde madame la marquise de Sainte-Croix, au temps où elle était encore très-belle... Est-ce que, par hasard...?

—Je vous comprends, chère madame, l’interrompit froidement la vicomtesse;—mais vous faites fausse route... Mon mari, que je sache, ne s’est jamais occupé de madame la marquise de Sainte-Croix... et, jusqu’à présent, je n’ai point eu d’amants qu’on me pût enlever...

—Oh! bonne petite! s’écria la baronne:—pouvez-vous penser?...—Mais, se reprit-elle d’un ton caressant,—sans aller jusque-là...