—Je vous donne ma parole d’honnête femme, l’interrompit encore madame de Grévy,—qu’il n’y a jamais rien eu... absolument rien... entre la marquise et moi.
Un instant, le regard de la veuve exprima une sorte d’admiration qui s’éteignit peu à peu en une nuance de bienveillante ironie.
—Je vous crois, murmura-t-elle;—en vérité, je vous crois... Vous n’êtes pas faite comme les autres... vous êtes une manière de petit chevalier errant... Eh bien, s’il faut vous dire toute ma pensée, je vous aime mieux comme cela: vous avez la force du franc-juge... Si j’avais trouvé en vous une rancune personnelle, j’aurais eu peur.
Les papiers qu’elle avait triés et qu’elle tenait à la main étaient divisés en cinq cahiers, portant chacun son titre.
Sur la couverture du premier étaient écrits ces mots: Arrivée à Paris. Mariage. Mort du marquis de Sainte-Croix. Sur le second cahier: Mort de M. Rodelet, no 81. Sur le troisième: Mort de madame la comtesse de Mersanz, no 23. Sur le quatrième: Fabrique de mariages. Affaires Justine Lagard. Sur le cinquième: Madame Octave Merriaux. Madame Seveste, nos 37 et 37bis.
La baronne mit ces cinq cahiers sur les genoux de madame de Grévy et se dirigea vers la porte en disant:
—Voilà le résultat de huit ans de recherches... huit années s’écoulèrent entre la première dénonciation de Fromenteau... et la mort de M. le baron du Tresnoy; mais c’est tout au plus si vous en aurez pour une heure à lire ces papiers... Vous verrez que ma préface était bien faite et que vous comprendrez tout... Je vais inspecter un peu ces demoiselles et je suis à vous.
Elle sortit.
La vicomtesse entendit la clef tourner dans la serrure au dehors.
On l’enfermait.