Césarine, au son de sa voix sympathique et grave, avait senti battre son cœur.
J’ignore si Césarine eut honte de ce mouvement et si les sarcasmes de Maxence, à l’endroit des lieutenants d’infanterie, lui revinrent en mémoire. Le fait certain, c’est qu’elle s’étonna des mystérieuses émotions qui se succédaient en elle. La huitième contredanse lui sembla bien longue à venir. A mesure que le temps avançait, il s’opérait en elle un travail si bizarre, qu’elle repoussait sa propre pensée comme une fantasmagorie.—Elle, Césarine, la fille unique du comte de Mersanz, la filleule et la nièce du maréchal et prince de L***; elle, Césarine, la fillette orgueilleuse qui avait une tendance notoire aux fiertés de pensionnaire, aux dédains irréfléchis, se sentait domptée d’avance. Cet homme qui allait venir tenait assurément un des rangs les plus humbles de la hiérarchie sociale. Césarine le voyait grand comme un maître.
Oh! non, elle n’avait pas honte;—mais, parfois, elle avait frayeur...
—Ma sœur, dit Philomène après avoir hésité un instant,—je ne trouve point de paroles pour me faire comprendre de cette chère enfant... Remplacez-moi: vous lui expliquerez cela bien plus clairement.
La prochaine contredanse était la huitième. Césarine songeait au moyen de s’esquiver. Elle regardait à toutes les portes, cherchant le noble et beau visage de Vital.
—Faites, ma sœur, faites, repartit Mélite;—puisque vous avez commencé, c’est à vous d’achever.
Philomène parut se recueillir. Au moment où Césarine, tout à fait distraite, ne prenait même plus la peine de feindre l’attention, elle dit d’une voix basse, mais pénétrante:
—Mon enfant, connaissez-vous bien l’histoire de votre malheureuse mère?
Césarine bondit sur son siége comme si un choc violent l’eût atteinte. Une pâleur livide couvrit son front et ses joues.
Mélite elle-même, qui s’attendait à toute autre chose, fut vivement frappée. Elle regarda sa sœur avec stupéfaction.