Dès le commencement de la soirée, Vital, tout de noir habillé, avait demandé une contredanse à Césarine. C’était déjà bien tard. Césarine n’avait pu accorder que la huitième. Les sept premières lui avaient paru durer longtemps, même celles qu’elle avait dansées avec Léon Rodelet, le second soupirant du temps de la pension.

C’était hier, ce temps; mais, bon Dieu! que c’était loin!

Tout en écoutant, avec une émotion mêlée d’impatience, les harangues jumelles de mademoiselle Mélite et de mademoiselle Philomène, Césarine faisait tourner entre ses doigts déliés le bijou de nacre et d’or qui renfermait le bilan de ses obligations de la soirée: polkas, valses et quadrilles.

Machinalement peut-être, peut-être aussi pour hâter la péroraison du double sermon qui la tenait prisonnière, Césarine ouvrit son carnet. Ses yeux tombèrent sur la première page. Elle vit le nom de Vital, écrit en regard de la huitième contredanse.

MM. les lieutenants de la ligne ont tant d’autres mérites d’un ordre très-supérieur, que nous pouvons bien faire cet aveu: ils ne portent pas tous l’habit noir avec une parfaite élégance. L’uniforme communique au torse, et surtout au cou, une raideur martiale qui ne va point à notre frac léger, et qui est beaucoup trop héroïque pour la paisible cravate blanche.

Nous croirions avoir bien mérité de l’armée, si cette humble observation pouvait diminuer le fâcheux attrait que nos jeunes officiers ont pour le déguisement bourgeois.

Mais ce bon lieutenant Vital était si dépourvu de toute prétention, si naturel dans ses allures et si franchement beau depuis la tête jusqu’aux pieds, qu’en vérité, peu lui importait le costume. C’était, dans toute la rigueur du terme, un de ces hommes qui ne peuvent pas être ridicules.

Césarine l’avait revu ce soir tel que ses souvenirs le lui montraient bien souvent. Elle ne savait pas s’il portait l’habit noir ou l’uniforme. Elle avait retrouvé son loyal et beau sourire; son émotion d’autrefois était revenue, mais décuplée.

Vital n’était plus à l’âge où la timidité est un charme. Il était très-timide pourtant, et sa timidité restait pleine de grâces.

Je ne sais trop que dire, sinon que c’était une belle âme, magnifiquement accompagnée par les dons physiques les plus prodigues que Dieu puisse accorder à une créature humaine.