Peut-être que les raffinés continuaient de ressasser la crainte ou l’espoir de la catastrophe possible;—mais on ne les entendait plus, tant la jeune voix de la danse chantait de bon cœur.

L’entrevue des deux demoiselles de Géran avec Césarine aurait pu réveiller la préoccupation générale; mais elle passait inaperçue.

Maxence et madame de Sainte-Croix la suivaient seules de loin: Maxence, d’un œil triste et froid, la marquise avec une ardeur contenue qui faisait parfois poindre une plaque de vermillon parmi la pâleur de ses joues.

Nous avons parlé de la ferveur du bal, parce qu’il nous faut bien dire que cette voix grossissante du plaisir donnait de nombreuses distractions à notre jolie Césarine. Mon Dieu, oui, les jeunes filles sont ainsi, et nul ne peut se flatter d’être vrai, s’il ne tient compte des plus petites choses. Au milieu de ces graves questions soulevées, Césarine écoutait la polka gaillarde et suivait d’un regard envieux les couples qui passaient devant elle.

Les révélations qu’on venait de lui faire la tiraillaient dans un sens, le plaisir l’attirait de l’autre. Ses puérils désirs de vengeance contre sa belle-mère allaient en même temps s’éteignant. Elle ne pouvait haïr désormais celle qu’on lui disait être si bas tombée. Bien plus, elle était sur le point de la plaindre.

Mais vous allez comprendre cela, gentilles demoiselles qui n’avez pas encore oublié les effervescences, les ivresses et les serrements de cœur du premier bal,—du bal qui suivit la sortie de pension. Vous allez vous rappeler quelle affaire c’était qu’une polka promise ou qu’une contredanse manquée. Vous allez convenir avec moi que ces sérieux intérêts peuvent primer tout le reste.

Vous aviez un carnet—un bijou—pour inscrire ces contrats mignons, assurant pour un quart d’heure votre blanche main aux cavaliers qui avaient eu le bon goût de vous inviter à l’avance. Sur ce carnet, que de noms alignés! Vous étiez... vous êtes si jolie!

Césarine avait un carnet. Ce carnet était riche en noms inscrits; car le premier pas de mademoiselle de Mersanz dans la vie mondaine ressemblait à une ovation.

Mais je m’adresse encore à vous, mesdemoiselles: dans cette liste, n’est-ce pas qu’il y a toujours bon nombre de noms indifférents?

Et toujours aussi un nom,—quelquefois deux, car le cœur ne sait pas encore,—un nom pour le moins qui vaut tous les autres, à lui tout seul.