—Prétendriez-vous, fit la jeune fille, dont la droiture ne voyait qu’une issue à cette situation, et qui, d’un autre côté, suivait les mauvais conseils de son aversion irraisonnée,—prétendriez-vous que mon devoir fût de forcer la main à mon père et de le pousser à un mariage avec cette femme?
Mélite ouvrit la bouche pour protester carrément. Philomène vit le danger et saisit la parole.
—Ma bonne petite enfant, dit-elle plus onctueuse que jamais,—vous possédez un discernement bien supérieur à votre âge... Nous sommes fières, très-fières, d’avoir contribué à développer en vous cette exquise sûreté du sens moral qui sera votre guide dans toutes les situations de la vie... Oui, mille fois oui, vous avez parfaitement jugé la situation...
Mélite regardait sa sœur avec un étonnement plein d’inquiétude.
—Oui, poursuivait cependant Philomène,—vos instincts d’honneur ne vous trompent point... Dans la plupart des cas, ce serait votre devoir... à tout le moins votre devoir de chrétienne... mais...
Mélite respira.
—Mais?... répéta Césarine, dont les grands yeux interrogateurs étaient fixés sur Philomène.
Celle-ci se composa un maintien qui voulait dire: «J’ai pudeur et scrupule d’achever.»
L’orchestre emplissait les salons de lestes et joyeux accords. La gaieté du bal avait fini par prendre le dessus, couvrant ou chassant les menaces,—ou les promesses de drame qui naguère gênaient l’essor du plaisir. On dansait franchement, on se divertissait pour tout de bon, et les mille petites intrigues qui se croisent au milieu d’une fête, écheveau charmant et embrouillé de passions menues comme des fils de soie, allaient et venaient, sans souci de la récente inquiétude.
Il est, en définitive, des gens qui sont au bal pour se divertir. Les raffinés dédaignent ce naïf troupeau qui prend victorieusement sa revanche en laissant aux raffinés tout l’ennui de la fête.