—Je vous fournis le moyen que vous réclamiez, prononça-t-elle à voix basse,—le moyen d’entrer en rapport avec cette femme, qui peut combattre à armes égales madame la marquise de Sainte-Croix.

Son doigt tendu désigna une pauvre frêle créature dont le pas inégal semblait gêné par la boîte cylindrique qu’elle portait sur la hanche, une vieille petite marchande de plaisir qui tournait l’angle de la rue Saint-Dominique, jetant sa joyeuse provocation à quelques enfants groupés à l’entrée des bosquets:

—En voulez-vous?...

Madame de Grévy resta bouche béante, mais son regard interrogeait.

—Dieu me garde de plaisanter en un sujet pareil, madame! dit la baronne, devenue tout à coup grave et presque solennelle;—cette femme est la seule arme que je sache assez bien trempée pour vous la mettre dans la main,—car je vous admire et je vous aime;—cette femme a nom Marguerite Vital... Elle a été concierge au no 37bis de la rue du Cherche-Midi.

—Oh!... fit madame de Grévy, dont tout le corps s’inclina en dehors du balcon.

—Elle connaissait madame Seveste, dont elle a recueilli, dans le temps, la fille orpheline, continua la baronne.—Cette femme a été concierge du no 81 de la rue de l’Université; elle a vu mourir le millionnaire Rodelet... Cette femme a été concierge du no 23 de la rue de Varennes; elle a eu le dernier soupir de madame la comtesse de Mersanz.

—Merci! s’écria la vicomtesse;—merci!

—Ce n’est pas tout, acheva madame du Tresnoy, qui la retenait par le bras;—cette femme est mariée légitimement au capitaine Roger, ce beau-père terrible dont la marquise de Sainte-Croix fait une machine de guerre.

—Et alors?...