—Ce n’est pas de votre âge!
La sous-maîtresse, éveillée en sursaut par le mouvement qui s’ensuivit, cacha son roman abolitionniste sous son camail.
Mais quand donc ces généreux Américains feront-ils des livres pour affranchir nos tristes sous-maîtresses! Voilà un lamentable sujet!
—Qu’est cela? demanda mademoiselle Mélite Géran, qui se montra en corset à une fenêtre du premier étage.
La sous-maîtresse se leva toute droite et resta immobile.
Le troupeau des fillettes se dispersa.
La grande mademoiselle Mélite cacha son buste fier et long derrière les battants de la croisée refermée.
Mais les jeux eurent beau recommencer, ce n’était plus qu’une mise en scène. Le ballon bondissait désormais hypocritement, les barres faisaient semblant de courir, la ronde se tordait par manière d’acquit, on ne mettait plus rien dans le corbillon, et la tour elle-même oubliait de prendre garde!
Les cancans allaient et venaient: un couple de nouvelles qui eût épuisé l’inépuisable magasin d’épithètes de madame de Sévigné,—une paire de faits divers à révolutionner l’établissement Géran de fond en comble.
Ce n’est pas sans dessein que j’emploie ce mot faits divers. Je sais à Paris, à l’heure où j’écris, une pension Géran qui possède un journal quotidien, rédigé, publié et lu par ces demoiselles. Tous les efforts de l’autorité ont été jusqu’à présent impuissants à détruire cet organe, qui traite avec une indépendance frisant l’effronterie les plus hautes questions humanitaires,—au point de vue de la poupée. Les exemplaires séditieux du pamphlet circulent sous la mantille et sont avidement dévorés par ce gentil public, toujours enragé d’opposition. La révolte y est prêchée en phrases blondes qui font frémir. On peut, dès à présent, pronostiquer que, dans une dizaine d’années, le métier de mari sera une pure impossibilité.