—Pourquoi pas? répondit Mélite avec une certaine vivacité.

Elle donna un dernier tour de main à son corset et se campa fièrement devant la glace en ajoutant:

—Je n’ai pas encore trente ans, ma sœur.

Il n’y avait assurément rien de séduisant dans mademoiselle Mélite, nature masculine à laquelle les exigences de son état avaient imprimé ce cachet de roideur et d’importance qui tuerait la beauté même; mais son visage gardait un air de jeunesse, ses traits étaient réguliers, et le corset dessinait une taille vigoureusement cambrée.

Elle pouvait, en vérité, interroger la glace avec orgueil.

—Ma sœur, riposta Philomène, occupée à dissimuler de son mieux, à l’aide de bandeaux collants et plats, le luxe de sa chevelure,—vous avez pris toute la beauté de la famille... Il n’est pas étonnant que vous ayez parfois des regrets, car le monde n’aurait eu pour vous que des succès et des triomphes.

Mélite dirigea vers sa sœur un regard inquiet. Sur l’humble visage de Philomène, la bonhomie avait remplacé le sourire moqueur.

Mélite ne put retenir un gros soupir.

Puis elle haussa les épaules comme pour repousser une flatterie;—puis encore, prenant décidément son parti, elle massa au fond de sa boîte d’or une prodigue prise de tabac avant de l’aspirer avec un tapage plein de sensualité.

—Voilà! fit-elle;—j’ai fait mon deuil... Si nous nous retirons dans cinq ans, j’aurai encore le temps de jouer à la jeune femme.