Au moment où nous parlons, elles étaient à leur toilette.

Et la pension savait cela! La pension savait tout, bien que, à cette époque, elle n’eût pas encore de journal quotidien. Comment jouer en présence de pareils événements? Je vous le dis: sous-maîtresses, grandes, moyennes et petites auraient donné par souscription une somme folle pour percer le rideau jaloux qui cachait les préparatifs de cette solennelle toilette.

La chambre où mademoiselle Mélite et mademoiselle Philomène s’habillaient de compagnie, était un dortoir particulier où l’on plaçait de temps à autre des élèves spécialement recommandées. Elle communiquait par un bout avec l’appartement de mademoiselle Mélite, par l’autre avec l’appartement de mademoiselle Philomène.

Elle contenait trois lits.

On payait un supplément pour avoir le droit de dormir dans cet asile réservé.

Quel que fût, du reste, le taux du supplément, il ne pouvait solder les bienfaits de ce double voisinage, Philomène d’un côté, Mélite de l’autre. Heureux parents! Enfants heureux!

Aujourd’hui, la grande glace du parloir, décrochée pour la circonstance, avait été dressée entre les deux fenêtres et servait de psyché. La porte du dortoir était fermée à clef. Nul ne pouvait surprendre les deux demoiselles Géran dans le mystère de leur toilette.

Elles étaient là toutes deux, Mélite devant la glace, Philomène sur le seuil de sa chambre à coucher. Philomène nattait ses cheveux, qu’elle avait assez beaux; Mélite serrait d’un bras robuste les lacets de son vaillant corset en coutil écru. Elle y allait de bon cœur: sa face était rouge et la sueur perlait à ses tempes.

Le doux regard de Philomène, fixé sur elle, n’était pas exempt d’une petite pointe de raillerie.

—Est-ce que vous allez danser, ma sœur? demanda-t-elle.