L’adage a bien raison politiquement parlant; il a raison surtout dans le domaine des faits domestiques.—Seulement, il y a la fatalité qui fait toujours rire Gavarni, et ces pauvres maris ne se corrigeront jamais.

S’ils se corrigeaient, adieu la comédie!

La douce Philomène et la robuste Mélite formaient une sorte de ménage. C’était la douce Philomène qui était le mari, à cause de son âge et de sa mansuétude.

Quand le costume cessera de différencier les sexes, on reconnaîtra toujours l’homme à sa débonnaireté.

Or, notez que, dans les querelles intestines, la déroute du mari est trop souvent déterminée par un dessous de cartes. L’intérêt, ce dieu folâtre des bucoliques modernes, rit presque toujours dans un coin de l’alcôve.

Ici, pour combattre le légitime courroux de Philomène, il y avait les dix-sept lits vides, les quatre demoiselles de Croze et les trois qui poussaient;—chers nourrissons dont quelques années devaient faire des pensionnaires.

Il y avait les Berton, une dynastie du quartier de l’Opéra!

Il y avait l’idée excellente—presque sublime—d’ajouter aux mérites de la pension Géran je ne sais quel horizon rose et voilé de gaze, au fond duquel, à perte de vue, on apercevrait le dieu d’hymen...

Philomène avait eu déjà plusieurs fois cette pensée.

Elle avait vu dans ses rêves toutes les élèves de la pension Géran, emportant, aux premiers jours de septembre, au lieu de livres dorés sur tranche et au lieu de couronnes de laurier-sauce, un prix vivant, un prix charmant: chacune un petit mari sous le bras.